Réponse au questionnaire du Collectif « prisons » de Brest

Publié le par Kevrenn UDB Bro Vrest Goueled Leon


Frédérique le Nedellec                                                                                                                    04/06/2007
Candidate UDB-Frankiz Breizh
2ème circonscription de brest

Anne-Marie Kervern
Suppléante


Réponse au questionnaire du Collectif « prisons » de Brest

Nous tenons à rappeler que c’est à la suite de révélations d’un médecin que le Sénat et l’Assemblée nationale ont décidé de créer une commission d’enquête sur les conditions de détention dans les établissements pénitentiaires. Ces révélations n’étaient en rien des nouveautés pour les personnes qui travaillent professionnellement ou bénévolement dans ces établissements, mais elles ont eu le mérite d’avoir reçu une telle médiatisation, qu’il est devenu impossible de ne pas réagir.  Nous insistons sur le rôle destructeur du silence dans ce domaine et apprécions qu’il y ait des espaces de parole comme celui que vous créez par votre action.

Les deux rapports, celui du Sénat et celui de l’Assemblée nationale convergent et le titre du rapport du Sénat (« Prisons : une humiliation pour la République ») dit toute l’iniquité du système pénitentiaire.
Dans ce pays qui aime tant s’autoproclamer « pays des droits de l’homme » et donner des leçons de démocratie au monde entier, il faut, de toute urgence, une réflexion de fond sur toute peine privative de liberté et sur le sens de cette peine.
Pour nous, cette réflexion à laquelle vous participez déjà, en tant que Collectif d’associations soucieux d’interpeller les candidats, doit aboutir à une loi pénitentiaire.. En effet, seule une loi a la force suffisante pour être un texte de référence incontournable, alors que les textes de réglementation sont à la discrétion des administrations. Des règles pénitentiaires ont été fixées au niveau européen : il faut que la France s’y conforme. Mais on sait bien que ces recommandations n’ont aucune valeur contraignante et qu’une loi, pour avoir des chances être appliquée, ne peut faire l’économie d’un débat démocratique.

Pour nous, la prison, ne doit pas être un lieu d’exclusion de plus : la prison est dans la cité, le temps qu’on y passe doit être un temps de préparation à réintégrer la société de manière durable (notre argumentation pour une réinsertion durable est à l’image de notre vision pour un développement durable : il est basé sur l’idée d’une écologie humaine qui commence par le respect des personnes et prend en compte l’avenir de la société). Nous pensons que la personne emprisonnée doit rester citoyenne (on parlera alors de citoyen incarcéré), seule condition pour qu’elle ne soit pas définitivement exclue de la société. La question pour nous n’est donc pas « plus ou moins d’incarcérations », mais « quelle incarcération pour quelle réinsertion dans la société ».

On sait aujourd’hui que l’incarcération est le lieu de tous les dangers, physiques et moraux, et qu’environ, 20% à 30% des personnes incarcérées ne devraient pas l’être. Nous demandons par conséquent que soit strictement limitée et précisée par la loi l’incarcération provisoire des prévenus et que soient développées des alternatives à l’incarcération des personnes fragiles sur le plan social (personne âgées, personnes en situation d’extrême précarité, le plus souvent des femmes, jeunes mère, femmes enceintes…) ou sur le plan de la santé physique  (malades sida entre autre) et mentale (toxicomanes, malades alcooliques,  personnalités aux limites du handicap). Nous voulons aussi souligner la situation de fragilité sociale des étrangers condamnés pour situation irrégulière (nous demandons qu’ils soient traités en réfugiés économiques, seule traitement humainement acceptable). Nous dénonçons la situation des femmes enceintes qui doivent accoucher en prison et élever leurs enfants dans cet environnement jusqu’à l’âge de 18 mois.
Par ailleurs, nous avons relevé ces dernières années des conditions inacceptables de détentions provisoire et d’incarcération de militants politiques bretons (mais aussi d’autres régions dont les spécificités culturelles ne sont pas reconnues officiellement). Notre propos n’est pas  de contester les conclusions de la justice mais de dénoncer la mise en scène outrancière de leurs arrestations, de leur garde à vue et le temps démesurément long de la détention provisoire de certains d’entre eux.
Aujourd’hui, la prison se résume à du temps passé dans l’inactivité, à l’abrutissement de la télévision à haute dose, à la prise d’anxiolytiques (la fameuse fiole dont deviennent dépendants ceux qui ne l’étaient pas en entrant).
Nous refusons qu’une personne incarcérée sorte de prison plus désocialisée qu’elle n’y est entrée. Pour nous, les parcours d’insertion sociale et professionnelle doivent être conçus dans la durée et la continuité : qu’ils démarrent pendant l’incarcération et se poursuivent à la sortie, avec les moyens d’autonomie nécessaires sur le plan économique (seule garantie pour que la délinquance n’apparaisse pas comme la seule solution).

Ce que nous voulons :

•    Le développement des moyens donnés à l’école au sein de la prison, de manière à lutter contre l’illettrisme, renforcer la formation initiale, donner les repères nécessaires pour se situer dans l’environnement.
•    Un aménagement opérant et réactivé de la libération conditionnelle et un examen au cas par cas des aménagement les plus aptes à favoriser un retour à la vie sociale, comme la possibilité de poursuivre une activité professionnelle avec un bracelet électronique.
•     Une reconnaissance significative des associations d’éducation populaires qui oeuvrent au sein des prisons sur des problématiques éducatives, par l’établissements de conventions pluriannuelles co-financées par l’Etat et les collectivités territoriales.
•    Le développement des moyens sanitaires : la mise en place d’une éducation à la santé, l’accès de tous aux soins, la prise en charge des toxicomanes et des malades alcooliques  jusqu’au sevrage, le retour à la santé « sociale » selon la définition de l’OMS), par la conservation ou la restauration du lien familial, par un aménagement des conditions de vie des jeunes enfants avec leur mère au-delà de 18 mois.
•    Le développement des droits des détenus et leur réciproque, une exigence réelle concernant les devoirs (en particulier les devoirs envers les victimes). La limitation d’aller et venir, la privation de la liberté de circuler ne doivent pas aller de pair avec la limitation des autres droits fondamentaux. : l’exercice des droits civiques doit être favorisé quand la peine ne les supprime pas explicitement (par ex : bureaux de vote dans les prisons).
•     Droits et devoirs doivent aller de pair avec la lutte contre la surpopulation des prisons (instauration d’un numerus clausus) et l’adoption d’une charte que chaque détenu serait appelé à signer et à s’approprier. Une telle charte, à condition qu’elle soit accompagnée d’une baisse significative de la densité carcérale, pourrait être un moyen de combattre les atteintes graves et avérées à l’intégrité des personnes (viols, suicides…)
•    Une modification des sanctions disciplinaires avec la limitation encadrée du recours à la mise en cellule disciplinaire
•    L’adaptation du tarif des cantines (baisse significative) et l’instauration d’un « minimum carcéral »
•    Le soutien au personnel des prisons et la reconnaissance d’un vrai professionnalisme par le développement de la formation et la revalorisation des carrières. Il nous semble que, seul un personnel soutenu par une reconnaissance statutaire, salariale, psychologique, peut assurer cette fonction en toute sérénité. Cette reconnaissance devrait aller de pair avec une modernisation des modes de gestion et en particulier la mise en place de procédures de contrôle indépendantes de l’administration pénitentiaire elle-même.

Publié dans Elections

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