La bataille de l'Histoire ne fait que commencer

Publié le par Kevrenn UDB Bro Vrest Goueled Leon

Retour sur l'actualité

La bataille pour l’Histoire ne fait que commencer



La décision de l’Assemblée de confirmer l’article 4 de la loi du 23 février 2005 stipulant que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif  de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord”, suscite une vague considérable d’émotion et de protestations. L’UDB, en accord avec ses valeurs et fidèle à son histoire anti-colonialiste, s’est associée à ce mouvement. Cette loi, inspirée par des éléments proches de l’extrême droite  permettra désormais aux revanchards et nostalgiques des colonies d’intervenir contre les manuels scolaires voire les enseignants qui ne respecteraient pas l’article 4. Elle ne peut qu’accentuer la tendance à réhabiliter les extrémistes de l’Algérie française. Les monuments honorant les activistes, dont Roger Degueldre, le chef des commandos Delta de l’OAS, se multiplient. Un carrefour de Toulon a même reçu le nom de Raoul Salan, le chef des putschistes de l’OAS !

Cet article est également un encouragement aux populistes qui souhaitent flatter les fractions revanchardes des rapatriés en mettant sur pied les institutions ad hoc. L’inénarrable socialiste (sic) George Frêche, qui va créer un « musée de la France en Algérie » pour rendre « hommage à ce que les Français ont fait là-bas » a ainsi osé déclarer « Rien à foutre des commentaires d’universitaires trous-du-cul. On les sifflera quand on les sollicitera ».
C’est dire si l’actuelle levée de boucliers sur cette question sensible est légitime. On aimerait toutefois que les historiens manifestent le même esprit critique sur l’occultation complète de l’histoire des peuples de l’Hexagone. Lorsqu’on lit, dans la pétition initiée par la Ligue des droits de l’homme avec des historiens qu’il faut abroger une loi qui ampute « le passé des millions d’habitants de ce pays, nationaux ou étrangers, qui ne se reconnaissent pas dans cette déformation unilatérale de l’histoire », on se demande pourquoi cette louable préoccupation n’a pas une portée plus universelle.

L’histoire, telle qu’elle est enseignée jusqu’au lycée, est avant tout, et depuis toujours dans la tradition scolaire française, un instrument de formatage des esprits, un outil de création d’un champ de références communes. Il s’agit, aujourd’hui comme hier, de fabriquer à la chaîne des Français standard, bardés de certitudes. L’histoire officielle « nationale » n’est que la longue saga des pouvoirs qui se sont succédé dans un espace instable d’Europe occidentale que l’on présente de manière largement anachronique comme une France existant de toute éternité. Dans cette logique nationaliste, la Bretagne n’a aucune place. Les programmes officiels concèdent simplement que l’histoire régionale pourrait venir à l’appui de l’histoire nationale. Compte tenu de la densité des programmes officiels, et, il faut bien le dire, du conformisme et de l’ignorance de nombre d’enseignants, cette faculté est fort peu utilisée.

Les associations d’outre-Mer ont réussi à égratigner sérieusement la légende napoléonienne en rappelant qu’eux aussi avaient le droit au respect de leur histoire. Qu’attendons-nous, Bretons, pour exiger que notre histoire cesse d’être méprisée ? La volonté d’effacement de nos langues – breton et gallo - est considérée à juste titre comme insupportable. L’occultation de notre histoire ne l’est pas moins. Comme le souligne Bernard Jestin, directeur de l’Institut culturel de Bretagne, « un peuple qui ne connaîtrait pas son histoire est un arbre dont on aurait sectionné les racines : il meurt ». La bataille pour l’Histoire ne fait que commencer.

Ronan Divard, porte-parole de l’Union démocratique bretonne

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