Découvrez ci-après un extrait du site de Gérard Onesta (
www.onesta.net), Vice-président du Parlement Européen, eurodéputé
Les Verts / Alliance Libre Européenne
Il est question de la reconnaissance, à l'échelle
de l'Union Européenne, des langues dites
"régionales". Les choses évoluent
doucement mais dans la bonne direction.
Le Parlement européen et les langues "régionales", An 1
Après des mois de blocages procéduriers, le
Bureau du Parlement européen a décidé,
par un vote très serré qui s'est
déroulé dans la soirée du lundi 3
juillet 2006, de donner, dans le cadre de son travail, le statut de
"langues additionnelles" au basque, au catalan, et au galicien. En
cela, il faisait suite à une proposition du gouvernement
espagnol.
Un signal
Les sept Vice Présidents du PPE (droite) auront
bataillé jusqu'au bout pour empêcher cette
réforme. Pour leur chef de file, le (pourtant) catalan Alejo
Vidal Quadras, il s'agissait ni plus ni moins que de s'opposer
à la "destruction annoncée de l'État
central" (sic). C'est dire l'enjeu politique qui se cachait
derrière une anodine disposition administrative.
Durant des mois, j'ai argumenté devant le Bureau de
l'europarlement que c'était surtout l'Europe qui risquait la
destruction, si l'on continuait à nier le droit fondamental
des citoyens à vivre pleinement leur culture. Il est vrai
que ce sont des dizaines de millions de locuteurs de langues dites
"minoritaires", qui, sur l'ensemble du continent, ne se retrouvent pas
forcément dans l'actuel système des 20 langues
"officielles" de l'Union. Comment, par exemple, expliquer aux dix
millions de Catalans que leur langue a un "rang inférieur"
à celle pratiquée par les 350 000 Maltais ?
Les États de l'Union, s'ils le souhaitent, vont
désormais pouvoir s'appuyer sur cette règle, pour
permettre aussi à leurs citoyens de s'adresser à
L'Europe, qui en gallois, qui en lapon... Du coup, les rares
États jacobins - dont, hélas, la France - vont
être, plus encore, renvoyés à
l'absurdité de leur centralisme culturel.
Si cette avancée reste (encore) timide dans ses implications
techniques, elle est forte dans sa portée politique. Je suis
heureux et fier d'y avoir pleinement contribué.
Gérard ONESTA
Vice Président du Parlement européen
Les termes du débat
L'État espagnol, à l'automne 2005, a
proposé aux diverses institutions européennes de
permettre aux citoyens de s'adresser à elles par
écrit - et donc de recevoir des réponses - dans
les trois langues (galicien, basque, catalan) qui, au coté
du castillan, ont rang constitutionnel en Espagne. Les coûts
de traduction générés par ces
courriers sont entièrement pris en charge par Madrid. La
proposition va même plus loin, puisque l'Espagne indique
qu'elle est prête à assumer les frais
inhérents à l'interprétation orale
depuis et vers ces langues, si celles-ci sont utilisées dans
le travail quotidien d'une institution.
Fin 2005, le Conseil de l'Union européenne, puis le
Comité des Régions, donnent une suite favorable.
Au Parlement, malgré l'engagement appuyé de son
Président (catalan), Josep Borrell, le dossier
piétine. Certains députés,
retranchés derrière des questions techniques
(même s'il est vrai que le multilinguisme n'est pas toujours
simple à gérer), cachent mal leur jacobinisme.
Des assurances formelles sont données que le courrier des
citoyens adressé au Parlement ne serait pas ouvert par
Madrid, et que l'utilisation orale de ces langues serait
limitée aux sessions plénières (avec
annonce préalable). Pourtant, le 26 avril 2006, le Bureau du
Parlement rejette la proposition, par 7 voix (essentiellement PPE)
contre 6.
Dès le lendemain matin, en plénière,
le Groupe des Verts, par la voix de sa coprésidente Monica
Frassoni, élève la plus vive des protestations en
soulignant que cette décision va à l'encontre des
préoccupations affichée - le jour même
! - par l'assemblée au travers d'un vote sur un rapport sur
le multilinguisme. Les Verts saisissent alors la Conférence
des Présidents des groupes politiques pour pousser le Bureau
à re-délibérer, en relayant le
tollé qui, en Espagne, a suivi la décision
d'avril. Le 18 mai 2006, cette conférence unanime (le
Président du PPE désavouant donc publiquement ses
représentants à l'origine du blocage au Bureau)
invite le Bureau à se repencher "avec une approche positive"
sur ce dossier, mais suggère de supprimer l'option "orale"
selon laquelle les députés auraient pu parler
(mais pas être interprétés) dans les
langues additionnelles.
Le lundi 3 juin 2006, au soir, par 7 voix contre 7 (mais la voix du
Président étant
prépondérante) le Bureau donne, pour la
première fois de l'histoire du Parlement
européen, un statut à des langues qui ne sont pas
des langues d'État. C'est une petite révolution.
En plus du système du courrier traduit, le Parlement
décide également d'ajouter des liens directs,
depuis son propre site internet, vers des traductions de ses principaux
textes législatifs, en catalan, basque et galicien. Au bout
d'un an, une évaluation de ces dispositions sera faite.
Les dispositions adoptées
Voici le texte voté par le Bureau du Parlement
européen par 7 voix (4 socialistes, 1 Vert, 1 communiste, 1
libéral) contre 7 (les 7 Vice présidents de
droite du PPE). La voix du Président du Parlement
(socialiste espagnol), prépondérante, a permis de
départager les deux camps.
Réuni à Strasbourg le 3 juillet 2006, le Bureau
du Parlement européen, conformément à
la demande des autorités espagnoles reçue le 21
septembre 2005 concernant l'utilisation au Parlement
européen de langues non officielles qui jouissent d'un
statut reconnu par la Constitution espagnole ("langues
additionnelles"), décide :
- que le Parlement correspondra avec les citoyens dans les langues
additionnelles en faisant appel, dans la mesure du possible,
à ses ressources internes ;
- de faire appel à des agences de traduction externes
sélectionnées par le Parlement, aux frais du
gouvernement espagnol, lorsqu'il est impossible d'assurer en interne la
correspondance avec les citoyens ;
- que ces services seront fournis dans le cadre de la correspondance
avec les citoyens, sans préjudice des obligations formelles
du Parlement prévues par les traités et la
législation applicable ;
- d'accepter que le gouvernement espagnol traduise et publie dans les
langues additionnelles, et en n'engageant que sa
responsabilité, les actes législatifs
adoptés dans le cadre de la procédure de
codécision, et que le site Internet du Parlement indique
l'existence de ces traductions, propose des liens à des
endroits appropriés pour y accéder, tout en
mentionnant clairement la valeur juridique de ces traductions et en
dégageant la responsabilités du Parlement ;
- de vérifier le fonctionnement de ces arrangements après un an ;
- donne mandat au Président
pour communiquer la présente décision du Bureau
aux autorités espagnoles.