A lire: le dernier livre de Jean Ollivro

Publié le par Kevrenn UDB Bro Vrest Goueled Leon

Jean Ollivro. Les ratés de «La machine France»



Reprise d'un article du Télégramme, édition du 30 janvier 2007

Jean Ollivro, professeur à l’université européenne de Bretagne (Rennes II) vient de publier « La machine France. Le centralisme ou la démocratie ? » (Editions du Temps), ouvrage dans lequel il pointe les dysfonctionnements du système français et propose des pistes d’avenir.

Q: La décentralisation est-elle garante d’égalité ?

R: Je crois que le rôle de l’Etat doit se situer majoritairement dans des politiques de péréquation afin d’éviter les déséquilibres trop puissants entre les régions. Sinon, certains enjeux nationaux (l’énergie par exemple) doivent rester des secteurs publics contrôlés par l’Etat, pour éviter certains dysfonctionnements. Ce qui concerne l’ensemble de la France (l’électricité par exemple) doit être géré à l’échelle de la France. Par contre, on nous dit parfois que le centralisme est le garant de l’unité, comme si la France était organisée de façon égale entre ses territoires ! On se moque du monde et le centralisme parisien construit des d’inégalités. La capitale concentre tous les ministères sur 24 km² (pouvoir politique), 90 % des sièges sociaux des grands groupes (pouvoir économique), 96 % des transactions financières (pouvoir financier), 80 % des journalistes français (pouvoir médiatique) et une très large part des richesses.
 
Le mythe de l’indivisibilité et de l’unité républicaine est un leurre qui sert à maintenir en l’état les privilèges d’une caste parisienne. La lourdeur administrative de la France mène aujourd’hui à la faillite de l’Etat et le pouvoir central tend à déconcentrer les compétences sans forcément déconcentrer les budgets afférents. Du coup, les gens condamnent cette « décentralisation des ennuis » qui conduit inévitablement à l’essor des impôts locaux, puisqu’on déconcentre les charges sans les financements.

Q: Pourtant, on ne voit guère de propositions audacieuses pour réformer ce système.

R: Les politiques ont peur de s’attaquer à ce système centraliste qui détermine leur avenir. Aller à l’encontre des privilèges parisiens, c’est se mettre à dos l’ensemble des lobbys en place. Malgré tous nos efforts et nos contacts, le livre que j’ai écrit n’a pas pour l’instant bénéficié d’une seule ligne dans la presse parisienne. Etonnant non ? Le système actuel s’autoentretient et n’a évidemment aucun intérêt à se réformer ou à scier la branche sur laquelle il est assis. Il est verrouillé et l’on assimile dans les têtes le centralisme, l’unité et la démocratie. Dès l’enfance, l’éducation nationale « indivisible » fait l’apologie de cette France égalitaire, patrie des Droits de l’Homme, respectueuse de la diversité des cultures, et les Français ont du mal à ouvrir les yeux sur ce décalage parfois hallucinant entre la République des mots et la République des maux. Toutefois, la situation évolue et les gens se rendent de plus en compte que le discours dominant se traduit par une évolution inverse.

Q: Qu’est-ce qui vous incite à l’optimisme ?

R: Tout d’abord, en Europe, la France est le dernier pays à ne pas faire confiance à ses régions. Et contrairement à ce qu’on nous dit, un système très régional, voire fédéral, n’empêche en rien des politiques de redistribution ou de péréquation permettant d’avancer ensemble (voir par exemple l’effort créé par le système fédéral allemand pour les régions de l’Est). Parallèlement, des démarches régionalisées peuvent être des chances pour construire des approches originales. En Bretagne, l’importance par exemple du tissu associatif, du bénévolat, du mutualisme bancaire ou de l’esprit coopératif sont des fondamentaux qui devraient nous permettre d’avancer avec nos propres modèles. Loin d’une approche « indivisible », on sait que des solutions variées et adaptées à la personnalité fine des lieux sont obligatoires pour bâtir des aménagements réellement durables et économiquement très rentables, puisqu’il évite les « boomerangs » environnementaux (le coût de la dépollution de l’eau en Bretagne). Contrairement à des personnes irresponsables qui critiquent l’administration pour en favoriser le démantèlement, on sait aujourd’hui qu’une gouvernance efficace, moderne et adaptée à l’identité des lieux est un élément essentiel de la dynamique des territoires. Le livre abonde alors de propositions pour aller de l’avant et bâtir ce que l’on appelle la démocratie.

Propos recueillis par Ronan Larvor


Source: Le Télégramme, mardi 30 janvier 2007

Publié dans Bretagne

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