Le
vendredi 28 novembre dernier, l'UDB appelait à manifester
face à l'agence ANPE de Brest, rue Jean Jaurès.
A travers ce rassemblement, l'UDB souhaitait faire part de sa
protestation suite à la décision de la directrice
par interim de l'agence et des services juridiques de l'ANPE de ne pas
publier deux offres d’emplois au motif qu’elles
sont rédigées en langue bretonne et que celles-ci
« seraient considérées avoir un
caractère discriminatoire ».
L’UDB tenait à rappeler que les offres
d’emplois en question étaient
rédigées à la fois en langues
française et bretonne. L’usage de la langue
bretonne se justifiait par le fait qu’il s’agit
d’emplois nécessitant à la fois la
pratique du breton et du français. L’argument
invoqué de la discrimination ne paraissait pas recevable
dans la mesure où les offres étaient sous cette
forme parfaitement compréhensibles par l’ensemble
des locuteurs de langue française.
Plus généralement, l'UDB constatait, une fois de
plus, que la véritable discrimination en question concernait
la langue bretonne et ses locuteurs par les services de
l’Etat. Se faisant l’apôtre de la
diversité culturelle au plan international, l’Etat
français œuvre chaque jour un peu plus
à laisser mourir les langues régionales,
traditionnellement parlées sur son territoire, au profit de
l’usage exclusif de la langue française, cela en
dépit du fait:
1) que l’immense majorité des Bretons accordent
une grande importance à la langue bretonne, qui participe
à leur identité (sondages TMO-Régions)
;
2) que le conseil régional de Bretagne a officiellement
reconnu le 17 décembre 2004 à
l'unanimité le breton et le gallo comme "langues de la
Bretagne", "au côté de la langue
française" et adopté un programme de politique
linguistique dans lequel la présentation d’offres
d’emplois bilingues s’inscrit parfaitement.
3) que la loi Toubon du 04.08.1994, à laquelle font
référence sans doute les services juridiques de
l’ANPE, précise bien dans son article 21
: « Les dispositions de la présente loi
s'appliquent sans préjudice de la législation et
de la réglementation relatives aux langues
régionales de France et ne s'opposent pas à leur
usage ».
L'ambiance était particulièrement
détendue et conviviale. Rien qui ne puisse justifier que
l'on trouve portes closes...
Nous nous sommes permis d'apposer quelques "matériels de
propagande". Une fois les affiches du plombier paimpolais (qui milite
pour la création d'emplois en Bretagne), la
façade de l'agence ANPE n'était plus monolingue
mais trilingue: breton-français-anglais. Nous
espérons que le personnel des services juridiques de l'ANPE
ne l'ont pas pris en grippe, surtout en ces temps incertains...
La présence des médias allait nous permettre
d'obtenir plus d'informations quant à la décision
inacceptable de l'ANPE.
Le soir même, dans l'édition Iroise du 19-20
régional sur France 3, le directeur de l'ANPE Bretagne
cherchait à calmer le jeu. Il justifiait cette
décision non plus en raison de son "caractère
discriminatoire" mais parce que le personnel de l'ANPE ne pouvait
contrôler le contenu de l'offre, faute de comprendre le
breton... Petite pirouette de sa part pour trouver une porte de sortie:
pourquoi l'ANPE n'embaucherait-elle pas quelques bretonnants?
Le lundi suivant, dans un article paru dans la presse
régional, la directrice de l'agence Brest Jaurès
assurait que toutes les langues étaient logées
à la même enseigne, laissant entendre par
là qu'une annonce rédigée en langue
anglaise ne saurait également être
publiée par l'ANPE.
Pourtant, une petite et courte recherche sur le site de l'ANPE devait
nous prouver que la réalité était tout
autre, comme le prouve cette annonce (qui n'est pas un cas
isolé) redigée en partie en langue anglaise:
De là à penser que ces deux personnes sont
à l'image des services de l'Etat à
l'égard de la langue bretonne, c'est à dire de
mauvaise foi...
Plus
que jamais, la défense de la langue bretonne, comme toutes
les autres langues, est un devoir. Lui assurer une place
véritable au sein de la société est
une exigence légitime, partagée par un grand
nombre de Bretonnes et de Bretons. A l'heure d'une Europe
pluriculturelle et multilingue, il est grand temps que la France fasse
enfin preuve sa "grandeur" et soit exemplaire à
cet égard.